Cancer de la vessie chez la femme : un pronostic à long terme meilleur que prévu

Cancer de la vessie chez la femme : un pronostic à long terme meilleur que prévu

Le genre influe sur la survie de nombreux cancers et, le plus souvent, le pronostic est meilleur chez la femme, pour de multiples raisons au demeurant souvent hypothétiques : différences biologiques, environnement et hygiène de vie plus favorables, biologie tumorale, prise en charge clinique ou encore facteurs hormonaux. Le cancer de la vessie semble faire exception, si l’on se réfère aux études de la littérature internationale suggérant que son pronostic est moins bon chez la femme, notamment en termes de survie. Les facteurs précédemment évoqués joueraient dans le sens inverse, par exemple, les récepteurs hormonaux et la biologie de la tumeur vésicale, tout autant qu’un diagnostic plus tardif ou un traitement moins souvent optimal, autant d’hypothèses qui n’ont cependant pas été confirmées. Force est de reconnaître que les analyses exhaustives et rigoureuses de cette situation particulière ne sont guère nombreuses. Aucune ne décrit vraiment l’évolution du profil de risque lié au sexe en fonction du temps, alors qu’il s’agit d’une variable capitale et le hazard ratio (HR) correspondant est considéré comme un invariant dans la plupart des publications.


Une étude sur plus de 15 000 patients



Une étude norvégienne offre l’occasion de revoir d’un œil plus critique les positions actuelles. Elle a reposé sur l’exploitation du registre national des cancers, le Cancer Registry of Norway qui a permis de sélectionner, entre 1997 et 2011, 15 129 nouveaux cas de carcinome urothélial de la vessie, invasif ou non, toujours histologiquement prouvé. Les risques de surmortalité et les risk ratios (RR) liés au sexe ont été évalués dans un modèle paramétrique souple qui a pris en compte les effets potentiellement variables du genre au cours du temps. Il a été par ailleurs procédé à un ajustement selon l’âge et le stade T de la tumeur au moment de son diagnostic avec son impact sur les courbes de survie.
De fait, le RR de décès est apparu significativement plus élevé chez les femmes que chez les hommes dans les deux années qui ont suivi le diagnostic, notamment du fait de l’existence plus fréquente de formes envahissant le muscle vésical dans le sexe féminin. Néanmoins, par la suite, c’est l’inverse qui a été observé, le RR de décès s’élevant chez les hommes. L’analyse complète des données a révélé que la distribution des stades T d’emblée péjoratifs chez la femme était capable d’expliquer la moitié des évolutions défavorables en termes de survie dans le sexe féminin, cela au cours des deux ans suivant le diagnostic.
De l’avis des auteurs, les résultats de cette étude devraient inciter à réviser les idées ou notions reçues concernant le pronostic du cancer de la vessie chez la femme. S’il est vrai que la mortalité est plus élevée dans le sexe féminin dans les deux années qui suivent le diagnostic, la tendance s’inverserait par la suite. Les différences d’évolution à deux ans proviendraient, pour l’essentiel, de cancers vésicaux plus invasifs lors du diagnostic, chez la femme.


Dr Philippe Tellier
Andreassen BK et coll. Bladder cancer survival: Women better off in the long run. Eur J Cancer 2018 ; 95 : 52-58.

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