Café, vin et mortalité par hépatopathie alcoolique : quels liens ?

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Dans les pays occidentaux, les hépatopathies alcooliques, dont le chef de file reste la cirrhose, devant la stéatose et les hépatites, représentent la principale cause de mortalité chez les gros buveurs. Si la quantité totale d’alcool ingérée est étroitement associée au risque de cirrhose, la qualité des boissons alcoolisées pourrait aussi jouer un rôle dans cette association. Les buveurs de vin seraient moins exposés à ce risque que ceux consommant bière ou liqueurs fortement alcoolisées. Par ailleurs, quelques études complétées par deux méta-analyses ont établi une relation inverse entre la mortalité par cirrhose et la consommation de café, mais aucune information ne concerne d’éventuelles interactions entre cette dernière et le type des boissons alcoolisées bues en parallèle.
Une étude de cohorte norvégienne s’est penchée sur ces associations inexplorées, à partir d’une population composée de 219 279 sujets des deux sexes, âgés de 30 à 67 ans. Tous les participants bénéficiaient d’un dépistage du risque cardiovasculaire au cours de la période 1994-2003. La consultation du registre national des décès a permis d’identifier 93 morts liées à une hépatopathie alcoolique. La consommation de café, estimée à partir d’autoquestionnaires, a été classée dans quatre catégories selon le nombre de tasses bues par jour : 0, 1-4, 5-8 et ≥9. La même estimation a été faite pour la consommation d’alcool totale avec quatre catégories également, en fonction du nombre de verres par jour, respectivement 0, >0 et <1, >1 et <2 et ≥2. Le type de boisson a été pris en compte : vin, bière et liqueurs fortement alcoolisées.

Une relation inverse et une interaction significative

Le risque de décès par hépatopathie alcoolique a été estimé par la méthode des risques proportionnels de Cox sous la forme de hazard ratios (HR) et des intervalles de confiance à 95 % (IC) correspondant. Les valeurs obtenues ont varié par catégorie : (1) bière : HR=2,06 (IC : 1,62-2,61) ; (2) vin : 0,68 (0,46-1,00) ; (3) liqueurs : 2,54 (1,92-3,36) ; (4) café : 0,63 (0,50-0,81).
Une stratification du risque en fonction du nombre de tasses de café bues par jour a aussi révélé une interaction significative (p<0,01) avec la consommation d’alcool. Au-dessous de 5 tasses/jour, le HR a atteint 25,5 (9,2-70,5) avec ≥2 verres d’alcool/jour (une consommation d’alcool nulle étant considérée comme la référence). En revanche, au-dessus de 5 tasses de café/jour, la valeur correspondante du HR a été estimée à seulement 5,8 (1,9-17,9).
Cette étude de cohorte, qui porte sur plus de 200 000 participants, plaide donc en faveur d’une relation inverse entre la consommation de café ou de vin et le risque de décès par hépatopathie alcoolique. La consommation totale d’alcool augmente clairement ce risque, mais l’intensité de l’association semble être modulée par la consommation parallèle de café et ces résultats sont valables pour les deux sexes.
Dr Philippe Tellier

Tverdal A et coll. Coffee and wine consumption is associated with reduced mortality from alcoholic liver disease: follow-up of 219,279 Norwegian men and women aged 30-67 years. Ann Epidemiol. 2018 ; 28 : 753-758.