Augmentation des hospitalisations pour SCA des femmes d’âge moyen, en France

Spécialités :
Cardiovasculaire
Mots clefs :
-

En dépit des progrès thérapeutiques majeurs accomplis au cours de ces quatre dernières décennies, la maladie coronarienne reste la principale cause de mortalité en Europe. En France, si l’on considère la population féminine, elle arrive en seconde position après les accidents vasculaires cérébraux et devant le cancer du sein. Chez la femme jeune, les syndromes coronariens aigus (SCA) ont volontiers une présentation atypique, ce qui conduit à des retards diagnostiques préjudiciables, notamment en termes de mortalité. Toutefois, indépendamment de l’âge, il semble que le délai entre les signes inauguraux et la prise en charge urgente soit plus long chez les femmes. La gravité de l’état clinique est parallèlement sous-estimée et la mortalité hospitalière apparaît en outre plus élevée, autant d’éléments qui viennent assombrir le pronostic de la variante féminine du SCA, a fortiori quand il existe un sus-décalage du segment ST.

Les différences entre les deux sexes tiennent aussi aux particularités anatomiques du réseau coronaire, à des facteurs pathogéniques qui ne sont pas parfaitement superposables et à l’inconstance du risque hémorragique. La proportion de femmes âgées de moins de 60 ans, victimes d’un SCA tendrait à augmenter. Cette donnée épidémiologique récente, mais incertaine, est à l’origine d’une étude française qui a reposé sur l’analyse d’une base nationale de données administratives. Cette dernière a permis de recenser toutes les hospitalisations pour SCA en tant que diagnostic primaire, dénombrées annuellement en France entre 2004 et 2014, en prenant soin de distinguer les sous-types suivants : SCA avec ou sans sus-décalage du segment ST et angor instable. Les taux d’hospitalisations en fonction de l’âge ont été calculés en recourant à des procédures standardisées élaborées à partir du recensement de la population européenne, effectué en 2010. Leurs variations annuelles moyennes exprimées sous la forme de pourcentages ont été, pour leur part, estimées au moyen d’un modèle de régression de Poisson.

+ 6,2 % de femmes de moins de 65 ans hospitalisées entre 2004 et 2014

Au total, en 2014, 113 407 patients ont été hospitalisés en raison d’un SCA, dont 36 480 femmes (32,2 %) et 76 927 hommes (67,8 %). Dans la population féminine, la proportion de sujets d’âge <65 ans a été évaluée à 25,2 % (n=9 206), les sous-types de SCA étant ainsi représentés : avec sus-décalage du segment ST (34,4 %), sans sous-décalage du segment ST (18,2 %), angor instable (47,4 %). Entre 2004 et 2014, les hospitalisations pour SCA chez les femmes âgées de moins de 65 ans ont vu leur fréquence augmenter, si l’on raisonne en termes de taux standardisés en fonction de l’âge, de + 6,2 %. Ce sont les infarctus du myocarde avec ou sans sus-décalage du segment ST qui ont contribué le plus significativement à cette tendance globale, soit respectivement +21,7 % et +53,7 %, alors que le nombre de femmes hospitalisées pour un angor instable a diminué de 10,2 %. En termes de pourcentage annuel moyen, la valeur la plus élevée a concerné la tranche d’âge 45-54 ans, soit 3,6 % par an, pour ce qui est des SCA avec sus-décalage du segment ST. Après 65 ans, il a été observé, en revanche, une diminution significative de la fréquence des hospitalisations pour tous les types de SCA.

Cette étude nationale confirme donc une tendance observée dans d’autres enquêtes. La fréquence annuelle des SCA a augmenté de manière substantielle chez la femme, notamment dans la tranche d’âge 45-54 ans. Cette évolution pourrait au moins en partie s’expliquer par l’intervention croissante de deux facteurs de risque cardiovasculaire chez la femme jeune, à savoir le tabagisme et l’obésité. L’enseignement est clair : renforcer les mesures de prévention primaire de la maladie cardiovasculaire dans cette population à risque, d’autant que les facteurs précédemment évoqués sont modifiables. Cette stratégie est d’autant plus nécessaire que la mortalité à long terme de la maladie coronaire semble bien être en nette augmentation chez la femme.

Dr Philippe Tellier

Gabet A et coll. Acute coronary syndrome in women : rising hospitalizations in middle-aged French women, 2004-14. Eur Heart J 2017 ; 38 :1060-1065.