Arthroplastie totale de hanche ou du genou : certaines complications post-opératoires liées au genre

Arthroplastie totale de hanche ou du genou : certaines complications post-opératoires liées au genre

Dans les pays occidentaux, le recours à l’arthroplastie de hanche (ATH) ou de genou (ATG) ne cesse d’augmenter et, à cet égard, l’exemple des Etats-Unis est édifiant. En 2009, dans ce pays, la coxarthrose et la gonarthrose ont été  à l’origine d’environ 300 000 ATH et 700 000 ATG. Depuis, ces chiffres n’ont pas diminué, bien au contraire, du simple fait du vieillissement de la population et en 2020, selon les projections actuelles, il faut s’attendre à ce qu’ils soient multipliés par deux. Ces arthroplasties totales semblent être plus pratiquées chez la femme quelle que soit la tranche d’âge et leurs indications seraient plus ou moins tardives en fonction du genre.
La fréquence des complications per- et post-opératoires, tout autant que le pronostic fonctionnel à distance de l’intervention pourraient également dépendre de ce facteur, mais les études peu nombreuses qui ont exploré cette hypothèse ont abouti à des résultats pour le moins divergents.

Plus de six millions de patients

Une étude de cohorte rétrospective étatsunienne apporte son éclairage. Elle a reposé sur une base de données nationale, créée en 2002, en l’occurrence la NIS (Nationwide Inpatient Sample) qui fait partie du projet dit HCUP (Healthcare Cost and Utilization Project), regroupant près de mille établissements hospitaliers. L’objectif clairement affiché est d’évaluer les dépenses de santé en fonction du type de pathologie et des modalités de prise en charge, variables d’un état à l’autre et d’un établissement à l’autre.
Entre 2002 et 2011, c’est un effectif de 6 123 637 de patients opérés qui a été ainsi constitué (dont 31,2 % ont bénéficié d’une ATH et 68,8 % d’une ATG). Dans tous les cas, il s’est agi d’interventions non urgentes, en règle programmées et des informations précises sur les évènements péri-opératoires étaient disponibles. Une analyse multivariée par régression logistique multiple a été utilisée pour comparer la fréquence des complications en fonction du genre, un ajustement prenant en compte les caractéristiques basales, tant démographiques que cliniques et biologiques.

Plus de complications mais mortalité moindre chez les femmes

La présence féminine s’est avérée prédominante (61,1 %) au sein de cette cohorte conséquente. Globalement, la fréquence des complications a été un peu plus faible chez les hommes, l’odds ratio (OR) correspondant étant en effet de 0,80 (p<0,001). Il en a été de même dans le détail pour ce qui est de certaines complications : (1) thrombose veineuse profonde/ embolie pulmonaire : OR=0,90 (p<0,001) ; (2) infections urinaires : OR=0,40 (p<0,001) ; (3) recours à des transfusions sanguines : OR=0,50 (p<0,001).
En revanche, la mortalité a été plus élevée chez les hommes, l’OR correspondant étant en effet de 1,60 (p<0,001). Il en a été de même pour les complications graves suivantes : (1) insuffisance rénale aiguë (OR=1,60 ; p<0,001) ; (2) arrêt cardiorespiratoire (OR=1,70 ; p<0,001) ; (3) infarctus du myocarde (OR = 1,60 ; p <0,001) ; (4) pneumopathie (OR = 1,10 ; p < 0,001) ; (5) sepsis (OR = 1,60 ; p< 0,001) ; (6) infection du site opératoire (OR=1,40 ; p<0,001) ; (7) déhiscence de la plaie opératoire (OR=1,40 ; p<0,001).
Cette étude rétrospective qui porte sur une cohorte de plus de six millions de patients suggère que le genre influe sur la fréquence et le type des complications post-opératoires après implantation d’une ATH ou d’une ATG. Chez les femmes, ce sont les infections urinaires qui dominent largement le tableau alors que la mortalité et les autres complications sont significativement plus fréquentes chez les hommes.


Dr Philippe Tellier

Basques BA et coll. Gender differences for hip and knee arthroplasty: complications and healthcare utilization. J Arthroplasty 2019. Publication avancée en ligne le 1er avril. doi: 10.1016/j.arth.2019.03.064.

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