Addiction à Facebook : femmes et hommes quasi à égalité

Plus de 350 millions de personnes dans le monde présenteraient les signes cliniques définissant une addiction aux réseaux sociaux. Aux États-Unis, 68 % des adultes utilisent Facebook et 70 % d’entre eux s’y connecteraient quotidiennement. Il apparaît donc essentiel d’identifier rapidement les mécanismes favorisant l’addiction à Facebook. C’est à cela que s’est attelée une équipe états-unienne, au cours d’une enquête dont l’objectif était de déterminer comment le genre, un caractère anxieux, l’intensité de fréquentation de Facebook et ses différents types d’utilisation contribuent à l’addiction et favorisent une anxiété en l’absence de possibilité de connection. Au total, 526 étudiants ont accepté de participer à l’enquête.
Dès le départ, W Xie et coll. ont fait la différence entre l’anxiété-trait (caractéristique permanente du sujet) et l’anxiété-état (état du sujet à un moment précis). Ils ont identifié l’anxiété-trait comme un important facteur de risque d’addiction à Facebook et d’apparition d’une anxiété réactionnelle quand l’accès au réseau n’est pas possible. Les auteurs considèrent que les personnes anxieuses ont tendance à utiliser Facebook pour échapper aux stress de la vie et ont ainsi plus de risque de devenir addicts à ce monde virtuel.

Le temps passé et le type d’utilisation interviennent

Cette anxiété interagit avec le genre, pour le risque d’addiction. Quand leur anxiété-trait est faible, les femmes sont en effet plus addicts que les hommes. En revanche, quand le niveau d’anxiété est élevé, la différence entre les genres s’efface. Cela tend à indiquer que les hommes seraient plus résistants à l’addiction à Facebook quand leur niveau d’anxiété est faible, mais que leur résistance disparaît quand leur niveau d’anxiété est élevé.
Sans trop de surprise, l’enquête montre que ceux qui utilisent Facebook plus intensivement ont un risque d’addiction supérieur et présentent un taux plus élevé d’anxiété réactionnelle quand ils n’y ont pas accès. Cependant, le risque de dépendance ne dépend pas seulement du temps passé. Il varie aussi selon le type d’utilisation : les sujets qui postent régulièrement des photos et/ou des vidéos ou tiennent à jour leurs statuts sont plus à risque d’addiction, tandis que les activités sur les murs, comme le fait de « liker » ou de commenter sont moins à risque. Pour W Xie et coll., les différents types d’activités sur les réseaux sociaux peuvent refléter aussi différents profils psychologiques.
Cette enquête suggère ainsi que l’addiction au monde virtuel affecte la vie réelle et le bien-être psychologique, particulièrement chez les personnalités anxieuses. D’un point de vue clinique, cela devrait inciter les psychologues et psychiatres à porter plus d’attention aux groupes vulnérables, comme les personnes anxieuses. Les auteurs estiment que, pour les jeunes générations, les parents devraient contrôler, non seulement le temps passé sur Facebook, mais aussi le type d’activité, et limiter les mises à jour des statuts et le partage de documents photos et vidéos.

Dr Roseline Péluchon

Xie W et coll. Predicting Facebook addiction and state anxiety without Facebook by gender, trait anxiety, Facebook intensity, and different Facebook activities. J Behav Addict 2019 ; 8 : 79-87. Publication avancée en ligne le 1er mars.

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