A quarante ans, une femme sur cinq a déjà présenté un trouble de l’alimentation

A quarante ans, une femme sur cinq a déjà présenté un trouble de l’alimentation
Alors que les troubles alimentaires surviennent majoritairement avant l'âge de 25 ans et touchent particulièrement les femmes, une modélisation montre l’importance de la prévention et du dépistage, même plus tardivement...

Les troubles de l’alimentation sont fréquents. Anorexie nerveuse, boulimie, hyperphagie incontrôlée (« binge eating ») et autres, sont associés à une altération de la qualité de vie, à une augmentation des recours aux soins et du taux de mortalité. Une équipe états-unienne a réalisé un travail de modélisation pour préciser l’épidémiologie des troubles de l’alimentation et estimer leur prévalence et leur dynamique au fil du temps.

La plus forte prévalence est relevée à l’âge de 21 ans, à la fois pour les garçons (7,4 %) et pour les filles (10,3 %). Elle continue à augmenter par la suite, bien que plus lentement, et, à l’âge de 40 ans, approximativement 1 homme sur 7 et  1 femme sur 5 aura présenté au moins un épisode de trouble alimentaire. L’adolescence et l’âge adulte apparaissent toutefois comme des périodes critiques, puisque dans 95 % des cas, les premiers signes surviennent avant l’âge de 25 ans. Cette évolution au fil de l’âge est la même pour tous les types de troubles alimentaires. La plupart des patients présentent un seul épisode (78 % des hommes et 71 % des femmes) et ils sont rares à en présenter 5 ou plus. Les femmes ont toutefois plus de risque que les hommes de présenter des épisodes récidivants.

En comparaison avec l’absence de traitement, la modélisation suggère que la prise en charge permet d’éviter 41,7 décès pour 100 000 personnes à l’âge de 40 ans. Etendre la prise à charge de manière à couvrir tous les cas de troubles alimentaires permettrait d’éviter 70,5 décès pour 100 000 personnes à l’âge de 40 ans. Mais la modélisation met ce chiffre en balance avec celui qui serait obtenu avec une prévention totalement efficace, qui préviendrait tous les cas de troubles alimentaires et permettrait d’éviter 213 décès pour 100 000 personnes. La comparaison offre ainsi une idée de l’ordre de grandeur de l’impact des troubles alimentaires sur la mortalité.

Ces données donnent la mesure de l’importance de la prévention et du dépistage de ces troubles. Ceux-ci devraient cibler particulièrement les adolescents et les jeunes adultes, mais cette étude montre que la survenue parfois plus tardive des premiers troubles ou des récurrences devrait inciter à ne pas relâcher l’attention avant l’âge de 40 ans.

Dr Roseline Péluchon

Ward Z.J. et coll. : Estimation of Eating Disorders Prevalence by Age and Associations With Mortality in a Simulated Nationally Representative US Cohort. JAMA Network Open. 2019;2(10):e1912925

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