A propos du lien entre insulinorésistance et troubles du sommeil après la ménopause

Spécialités :
Gynéco-Obstétrique-Fertilité
Mots clefs :
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L’insulinorésistance joue un rôle majeur dans la pathogénie du diabète de type 2, tout en constituant un facteur de risque de la maladie cardiovasculaire (MCV). Cette dernière est par ailleurs étroitement associée au syndrome métabolique (Smet) qui, dans sa définition, inclut divers signes « cardio-métaboliques » : obésité abdominale, hypercholestérolémie, élévation de la pression artérielle, troubles de la glycorégulation et/ou hypertriglycéridémie. La possibilité d’un lien entre insulinorésistance et troubles du sommeil est de plus en plus évoquée, y compris chez des sujets en bonne santé apparente. La qualité médiocre du sommeil est d’ailleurs considérée comme un facteur de risque comportemental capable de déboucher à la fois sur une prise de poids et une insulinorésistance, voire d’influer sur le contrôle glycémique chez le diabétique. Les informations sont moins concluantes en cas de Smet où les interrogations sont plus nombreuses concernant la relation entre sommeil et insulinorésistance. Ces constatations s’appliquent tout particulièrement à la femme ménopausée chez laquelle la prévalence du Smet et des troubles du sommeil se révèle notoirement élevée.  

Avec ou non syndrome métabolique 

Une étude transversale permet d’y voir un peu plus clair. Elle a inclus 347 femmes ménopausées chez lesquelles existait une surcharge pondérale simple ou une obésité avérée, en l’absence de diabète de type 2. L’âge moyen était à 57,5 ± 6,5 ans et l’indice de masse corporelle (IMC) moyen à 31,7 ± 3,7 kg/m2, la prévalence du Smet étant, pour sa part, de 54 %. La qualité du sommeil a été évaluée au moyen d’une échelle spécifique à six items, la Medical Outcomes Study Sleep Scale, et les valeurs obtenues réparties en quartiles. L’insulinorésistance a été déterminée à partir de la glycémie et de l’insulinémie à jeun, en recourant au modèle homéostasique classique dit HOMA2-IR (homeostasis model assessment of insulin resistance). Des analyses de covariance ont permis de rechercher des associations entre la qualité du sommeil et les résultats obtenus avec HOMA2-IR, en tenant compte de l’existence éventuelle d’un Smet et des covariables suivantes : IMC, forme cardiorespiratoire et apports énergétiques. Les troubles du sommeil les plus sévères (quartile supérieur) ont été significativement associés à des valeurs plus élevées au test de HOMA2-IR (p ≤ 0,05 pour chacun des quartiles inférieurs). L’existence d’un Smet a également été associée à des perturbations plus marquées de ce test (p<0,001 versus absence de Smet). En revanche, la relation entre la qualité du sommeil et les résultats au test HOMA2-IR s’est révélée indépendante du Smet (p=0,26), même quand, en sa présence, les troubles du sommeil les plus sévères ont été associés à une insulinorésistance plus marquée (p<0,02 versus quartiles inférieurs). Les trois variables suivantes, reflet de la qualité du sommeil, ont été significativement associées à des valeurs plus élevées au test de HOMA2-R (p<0,04 pour chaque variable): temps d’endormissement >30 minutes (p<0,04), sommeil fréquemment agité et somnolence diurne. En bref, cette étude transversale suggère que la qualité du sommeil est significativement corrélée à l’insulinorésistance chez la femme ménopausée, indépendamment de tout syndrome métabolique. Il reste à établir que l’amélioration des troubles du sommeil permet effectivement de réduire l’insulinorésistance dans les populations à risque cardio-métabolique élevé.   Dr Philippe Tellier Kline CE et coll. Poor Sleep Quality is Associated with Insulin Resistance in Postmenopausal Women With and Without Metabolic Syndrome. Metab Syndr Relat Disord 2018. Publication avancée en ligne(20 mars) . doi: 10.1089/met.2018.0013.